Réflexions sur la présentation de la recherche au premier cycle
Retour sur LabPhon20 et Methods XIX
Cet article est lié à un projet financé par le CRSH (subvention no 430-2024-00159) qui examine comment les statistiques lexicales peuvent être exploitées afin de générer une base de comparaison avec des données expérimentales. Armand Aubé a travaillé sur l’adaptation du /θ/ espagnol dans les dialectes basques, et les conférences dont il est question ci-dessous ont été soutenues par le projet. Les articles de cette série s’inscrivent dans les efforts de mobilisation des connaissances du projet.
Guilherme D. Garcia
Tout au long de cet été, nous avons eu l’occasion de présenter nos travaux sur l’adaptation du son /θ/ espagnol dans les dialectes basques lors de deux conférences d’envergure internationale. Je tiens tout d’abord à remercier le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Sans sa générosité, ce projet n’aurait pas été possible.
Il est à noter que ce travail est issu d’un projet étudiant, réalisé dans le cadre de mon baccalauréat en linguistique à l’Université Laval. Les objectifs de ce projet étaient les suivants :
Créer un corpus d’adaptations du son /θ/ espagnol dans les dialectes basques, disponible sur OSF, à partir des données extraites du Euskararen Herri Hizkeren Atlasa (EHHA) ;
Réaliser une analyse statistique de ce corpus ;
Diffuser les résultats.
La diffusion a débuté lorsque j’ai reçu un courriel de l’Association canadienne de linguistique (ACL) en juillet 2025. Ce courriel a, bien entendu, piqué ma curiosité. Il s’agissait d’une annonce pour la 19e Methods in Dialectology and Language Diversity conference. Cela tombait à pic, car un travail sur les dialectes basques s’y intègre parfaitement.
Peu après, j’ai contacté M. Garcia pour savoir s’il était disposé à superviser le projet, ce qu’il a accepté. Bien sûr, les étudiants de premier cycle ne soumettent généralement pas de résumé à ce genre de congrès, mais cela ne coûtait rien d’essayer. Nous avons travaillé à la préparation d’un résumé présentant les résultats de l’analyse statistique, en vue de le soumettre avant décembre 2025 pour présenter nos résultats lors d’une session d’affiche. Plus tard durant l’automne, M. Garcia a suggéré de soumettre également un résumé à LabPhon20. Nous avons préparé un résumé plus long et soumis les deux à peu près en même temps (ainsi que le corpus). Nous avons reçu des notifications d’acceptation dans les mois suivants.
LabPhon20
Cette année, LabPhon20 s’est tenu du 25 au 29 juin à Montréal, Canada. J’ai donc eu beaucoup de chance dans l’aspect géographique, car je n’habite qu’à deux heures et demie en voiture. Grâce au CRSH (encore une fois), le logement de tous les étudiants était pris en charge par la conférence. J’ai ainsi pu disposer d’une chambre double rien que pour moi.
Cette conférence était énorme. Environ 200 personnes du monde entier y ont participé, unies par leur passion pour la phonologie de laboratoire (entre autres). Les présentations se déroulaient à l’amphithéâtre du Cœur des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Voici quelques petites leçons que j’ai apprises lors de ma toute première conférence :
Ce n’est pas tout le monde qui assiste à toutes les présentations ;
Ce n’est pas tout le monde qui arrive à l’heure, mais cela ne semble pas forcément poser problème ;
Il existe une corrélation entre le continent d’origine des participants et le lieu de la conférence, ce qui est tout à fait logique. J’imagine que si la conférence avait eu lieu en Allemagne, il y aurait probablement eu plus d’Européens ;
On ne s’attend pas forcément à ce que les étudiants au premier cycle présentent leurs travaux (surtout en tant que premier auteur), ni à ce qu’ils posent des questions pendant les présentations ;
C’est une expérience incroyablement enrichissante d’être entouré de personnes qui s’intéressent autant que nous aux mêmes questions. Cela constitue une forte motivation pour revenir.
Compte tenu de l’importance que ma participation à LabPhon a eu pour moi, je me suis promis de tout faire pour en profiter au maximum. J’ai assisté à tous les talks, sauf deux. J’ai également consacré beaucoup d’énergie mentale à me concentrer sur le contenu présenté afin de formuler des questions pertinentes et réfléchies. Parfois, une question n’est pas forcément pertinente, et il est fortement déconseillé d’en poser juste pour le fait de poser une question. J’ai néanmoins posé plusieurs questions que je jugeais appropriées et auxquelles on pouvait répondre.
J’ai aussi essayé de discuter avec le plus de personnes possible. Je me suis lié d’amitié avec les chercheurs du pôle de recherche en linguistique expérimentale de l’Université Carleton. J’ai découvert ce que sont des personnes « S » (syntaxe/sémantique) et des personnes « P » (phonétique/phonologie) et que j’ai toujours été une personne « P »…
J’ai présenté notre affiche le vendredi 26. J’étais inquiet de ne pas l’avoir commandée à temps, mais le service d’impression de l’UQAM a été très rapide. Trouver la salle d’impression, par contre, fut une autre paire de manches. Après une trentaine de minutes de recherche et l’aide d’un agent de sécurité et d’une bibliothécaire, j’ai fini par la trouver. J’ignorais que l’UQAM était répartie sur deux campus (non, la salle d’impression que j’avais choisie ne se trouvait pas sur le même campus que celui où se déroulait la conférence). Un investissement judicieux serait d’acheter un tube d’expédition et de choisir une salle d’impression plus proche. Ce sera pour la prochaine fois.
Les séances d’affichage de LabPhon évoquaient les marchés médiévaux (comme le Ponte Vecchio) : beaucoup de gens, un espace restreint et beaucoup de gens qui voulaient voir beaucoup de choses. Néanmoins, présenter un poster fut une expérience enrichissante. J’ai constaté que les gens sont généralement fascinés par tout ce qui touche à la langue basque, ce qui explique l’absence de pause durant toute la séance d’une heure. Il existe tout un protocole à respecter lorsqu’il s’agit de posters. Les gens vous demandent souvent quelque chose comme : « Pourriez-vous m’expliquer votre poster ? »

Avec le recul, j’aurais dû pratiquer avant. Il en résulte une première présentation trop chargée d’informations et désorganisée, qui laisse à penser que la personne en face de votre affiche, hochant légèrement la tête, est peut-être complètement perdue et se contente de lire son contenu à la place. Pourtant, une première présentation semble suffisante pour pratiquer. À la deuxième fois qu’on nous pose la question, le discours est plus précis, plus clair et plus méthodique.
Le dernier jour du congrès, ils ont tenu une discussion finale où les participants pouvaient poser des questions sur le congrès. Celles-ci portaient notamment sur l’avenir de la phonologie expérimentale, sur la présence excessive de « lab » et insuffisante de « phon » dans les présentations, et sur le marché du travail (en particulier pour les doctorants), ce qui a donné lieu à des échanges plutôt intéressants. La conférence s’est conclue par l’annonce que LabPhon21 se tiendrait à Cologne, en Allemagne, en 2028.
19e Conférence sur les méthodes en dialectologie et diversité linguistique
Un mois plus tard environ avait lieu la conférence Methods. Elle se tenait du 4 au 7 août à Vancouver, Canada (un peu plus loin de chez moi cette fois-ci). Dans ma naïveté, je supposais que le format des affiches était universel en linguistique. J’avais tort, mais heureusement, j’avais vérifié les consignes une semaine auparavant, juste pour être sûr. En fait, pour cette conférence, les affiches étaient horizontales et au format A1 (LabPhon recommandait le format vertical et A0). Il ne m’a pas fallu longtemps pour adapter l’affiche à ces consignes, mais j’ai finalement dû enlever une figure pour gagner de la place.
La conférence se déroulait entièrement à l’Université de la Colombie-Britannique, dont le campus est immense. Entre montagnes, océan et un temps magnifique, c’était un endroit merveilleux.
Pendant Methods, la présentation d’affiches s’est déroulée dans une ambiance un peu plus détendue qu’à LabPhon. Installés dans la même salle que celle où nous dînions, nous avions environ cinq affiches par session (contre 30 par heure à LabPhon). J’ai constaté le même « effet basque », ce qui signifiait qu’il y avait toujours quelqu’un à notre affiche. La plupart des visiteurs étaient des phonologues, des personnes rencontrées à LabPhon ou des connaissances faites pendant le congrès, ce qui donnait toujours lieu à des discussions enrichissantes, après avoir consulté l’affiche, bien sûr.
Participer à Methods m’a montré que ce ne sont pas tous les congrès qui fonctionnent de la même manière. J’ai noté moins de nouveaux noms qu’après LabPhon, mais les conversations étaient d’une autre nature et j’ai eu le temps de profiter de Vancouver entre les sessions. Methods nous offrait, à nous les étudiants, un dîner avec un mentor, où on pouvait se confier à cœur ouvert sur nos angoisses académiques. Je remercie Mme Rebecca Roeder et Nathalie Dion pour leurs conseils.
Lors de la session spéciale consacrée au hawaïen, j’ai découvert son statut de langue minorisée. J’ai également pris connaissance du débat concernant la dénomination des différentes variétés de hawaïen revitalisé. L’avantage de ces sessions est qu’elles offrent un contenu varié et adapté à chacun. Nous avons examiné les contrastes phonétiques à travers les générations, mais nous avons aussi abordé les questions de légitimité linguistique (en particulier pour le hawaïen). Qui peut être considéré comme locuteur natif ? Ces questions suscitent assurément des discussions passionnantes entre chercheurs de différentes générations.
Conclusion
Avec le recul, je trouve remarquable qu’un projet initialement conçu comme un travail de recherche de premier cycle ait abouti à deux conférences internationales, deux présentations par affiche et des échanges avec des chercheurs du monde entier.
Je suis particulièrement reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de vivre tout cela dès le début de mon parcours universitaire. Cette expérience a rendu la perspective de poursuivre des recherches en phonologie et en variation linguistique beaucoup plus stimulante, et j’espère que ce ne sera pas la dernière fois que je me retrouverai à côté d’une affiche, à expliquer pourquoi les locuteurs basques adaptent (ou non) un son espagnol d’une manière particulière.
Quant aux travaux futurs, l’EHHA recèle des données très intéressantes qui méritent d’être explorées. Plus précisément, toutes les transcriptions incluent des données accentuelles. Les mots transcrits dans l’Atlas pourraient s’avérer utiles si nous souhaitions les comparer à des données prosodiques plus récentes ; cela permettrait de mieux comprendre une langue dont les systèmes prosodiques sont en pleine mutation, probablement sous l’influence de la langue majoritaire. Dans un an, le troisième Euskal Mundu Biltzarra se tiendra à Bilbao : l’exploration de ces données prosodiques pourrait faire l’objet d’un résumé.
Je prévois poursuivre mes travaux sur les interactions entre le basque et l’espagnol. Ces projets ne se limitent pas au basque, mais s’inscrivent dans ma volonté d’étudier les interactions phonologiques entre langues majoritaires et minoritaires. C’est un thème central de la carrière de recherche que j’aimerais créer. Par exemple, mon projet de maîtrise, prévu pour 2027-2028, portera sur l’influence prosodique de l’espagnol sur le basque de Biscaye septentrional, sous la direction de Gorka Elordieta. L’étude de ces influences permet de suivre la vitalité des langues minoritaires et de comprendre leur évolution. Dans le cas présent, l’influence de l’espagnol sur le basque est importante et revêt une grande importance politique et sociale pour la société basque.
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